True Blood : ça va saigner

True Blood : ça va saigner

Depuis la fin de Six Feet Under, on attendait avec impatience des nouvelles d’Alan Ball. Forcément quand on a entendu qu’il préparait une série avec des vampires pour HBO, ça a forcément aiguisé notre curiosité. En attendant la suite prévue pour l’été 2009, revenons sur la première saison de True Blood

L’idée du show est géniale : une histoire remplie de vampires sanguinaires et de personnages faussement clichés, qui cache en réalité une métaphore sur la tolérance et à la chasse aux préjugés.

L’histoire de True Blood

le pack de 4Le postulat de départ est plutôt sympathique : depuis que des scientifiques japonais ont inventés une boisson à base de sang synthétique, la fameuse Tru Blood donc, les vampires n’ont plus besoin de se nourrir en suçant le sang des humains. Ils ont donc révélé au monde leur existence et tentent de s’intégrer dans la société…
Bien sur ceci ne se fait pas sans une certaine appréhension de la part de leur ex plat favori (nous), et si beaucoup d’humains sont plus fascinés qu’effrayés, d’autres ont plutôt un sentiment de rejet. Certains pencheraient même pour une petite purification ethnique à l’ancienne…

Bill dans True BloodDans la petite ville de Bon Temps paumée en Louisiane, on regarde cette agitation de loin… Les vampires sont bien sûr un sujet de conversation, mais qui parait lointain, et chacun continue sa petite vie tranquillement… Jusqu’au jour où débarque le mystérieux Bill, 173 ans au compteur. Son arrivée est loin d’être tranquille et est entourée de mystérieux meurtres de femmes…
Sookie Stackhouse est quand à elle serveuse au Merlotte’s, l’unique bar de la ville, et possède un doSookie Stackhouse, True Bloodn de télépathie : elle entend donc ce que les gens pensent. Plutôt ouverte en ce qui concerne la question des vampires, Sookie tombe sous le charme de Bill au premier regard.
Son frère Jason Stackhouse est le play boy de Bon Temps, et saute littéralement tout ce qui bouge.  Mais il à la fâcheuse habitude de coucher avec des femmes qui se font assassiner dans la foulée, d’une façon « vampire style » (traces de morsures et tout ce qui va avec).

Entre le vampire qui arrive au bon moment et celui qui est trop souvent le dernier à voir les femmes avant qu’elles ne meurent, autant dire que Jason et Bill font deux coupables de choix…


L’intégration et la tolérance en toile de fond

Bill & Sookie StackhouseIl a été dit et redit que les vampires de True Blood étaient une sorte de métaphore sur l’homosexualité, ce qui n’est pas forcément faux, mais est en tout cas réducteur. On peut en effet voir dans la série d’Alan Ball une illustration du rejet ou de l’acceptation de la « différence de l’autre« .
Ainsi, dans cette petite ville du sud des Etats-Unis où serait sensé régner une mentalité conservatrice, le racisme semble inexistant et tout le monde se contrefout de l’homosexualité d’un des personnages (Lafayette, qui cumule pas mal en étant également noir). Tara, meilleure amie de Sookie, rappelle sans cesse aux autres sa couleur et ce que ses ancêtres ont subis dans les champs de coton, mais la ségrégation raciale semble complètement hors sujet et évaporée dans la mentalité des gens. Et si le pouvoir de télépathie de Sookie peut parfois mettre ses interlocuteurs mal à l’aise, il ne dérange finalement pas plus que ça… Le royaume de la tolérance donc ?

Trop classe les vampires de True BloodForcément l’arrivée des vampires à Bon Temps change la donne, et suscite des réactions diverses et variées. Si la plupart des habitants sont juste curieux, d’autres les acceptent naturellement et s’y intéressent comme ils pourraient le faire avec une culture étrangère.
Mais bien sûr cette « nouveauté » génère également une certaine forme d’inquiétude. Les plus réticents imaginent une menace potentielle pour la sécurité de la ville, d’autres sont plus extrêmes et voient dans les vampires une dégénérescence de la société, un pas vers la fin des temps.
En gros la pureté de la race doit être préservée, on retrouve les même rengaines qu’avec les homos dans les années 80, les noirs aux États-Unis dans les années 50, ou même les discours sur l’axe du bien et du mal pendant qu’on y est…

Les réactions suscitées oscillent donc entre tolérance / intolérance, sur des niveaux différents. Ball nous montre que même dans une société ayant dépassé le racisme et accepté l’homosexualité, il y aura toujours une sorte d’intolérance, d’instinct conservateur réfractaire à  la nouveauté et la différence.

Dans Six Feet Under, Alan Ball utilisait le thème de la mort pour mieux parler de notre vie et de nos relations aux autres, et dans ce sens True Blood peut paraître comme une extension de son chef d’œuvre…


Il se passe quoi dans True Blood alors ?

L’intrigue de cette première saison tourne autour de plusieurs axes qui vont mettre la patience et la tolérance des habitants de Bon Temps a rude épreuve…
Bill & Sookie, couple improbable de True BloodIl y bien sûr la relation contre nature entre Bill, vampire de son état, et la belle Sookie, qui elle est plutôt du genre virginale. Leur histoire d’amour difficile et contrariée, du fait de quelques différences culturelles, nous réserve de très belles scènes, malgré quelques instants un peu mièvres.

Le suspense sur la recherche du meurtrier est assez bien entretenu, avec son duo de détectives improbable.
Les flics empotés de True BloodIl y à d’un côté le sheriff plutôt compréhensif, posé et réfléchi ; de l’autre le génial Andy Bellefleur, l’empoté du village qui cherche désespérément à être pris au sérieux.
Le premier est joué par William Sanderson, inoubliable en E.B Farnum dans Deadwood, le second est interprété par Chris Bauer, qui contraste ici avec son rôle noir et désespéré de Frank Sobotka dans l’immense The Wire.

Jason Stackhouse, frère de Sookie dans True BloodBellefleur pense avoir trouvé le coupable idéal dans Jason, le frère de Sookie, qui est trop souvent le dernier à avoir vu les victimes, généralement après avoir couché avec d’ailleurs… On se prend vite d’affection par ce playboy un peu idiot, qui ne sait même plus si il est coupable ou innocent tellement il se défonce au « V » (du sang pur de vampire).
Amy, True BloodSa relation avec la torride et complètement allumée Amy, elle aussi accroc au V et qui entraîne le jeune homme dans le vice, fait partie des grands moments de la série. Les deux vont jusqu’à kidnapper un vampire et le retenir prisonnier dans leur cave pour lui prélever son sang et se shooter… Heureusement que c’est bien traité dans la série, dit comme ça j’avoue que ça semble légèrement glauque. (Amy est incarnée par Lizzy Caplan, que vous avez pu voir depuis dans Party Down).

N’oublions pas quelques personnages secondaires plutôt intéressants, comme Sam Merlott, le patron du bar de Bon Temps, fou amoureux de Sookie et qui à une relation particulière avec son chien… Il y à également Tara, la meilleure amie de notre blonde préférée (ou presque), qui vit dans une caravane avec sa mère alcoolique, cette dernière se débarrassera de son « démon » grâce un exorcisme et pourra enfin retourner sobre à l’église.

le personnage de Lafayette ReynoldsLe meilleur pour la fin, le cuisinier Lafayette Reynolds : noir, homo, prostitué et dealer à ses heures perdues.
On comprendra donc que ce personnage cumule volontairement ce qui pourrait être des « tares scénaristiques », ceci servant à imager l’idée générale de True Blood. L’être humain à tendance à percevoir l’autre à travers les préjugés amenés par sa prétendue différence, et qui bien sûr se révèlent obsolètes ou carrément inexistants.
Ainsi, on se rend vite compte que Lafayette ne correspond à aucun des clichés ou préjugés que l’on pourrait lui attribuer.  Bordel, il est quand même noir et dealer, homo, fumeur de weed et prostitué, dans beaucoup de séries ou de films il ne serait qu’un gros cliché sur pattes.


The world is a vampire

Forcément, la plongée dans le monde des vampires est fascinante, et l’idée de leur coming out grandiose.
Bill, vampire de True BloodBill est du genre romantique et plutôt sage, mais bien sûr il ne faut pas le contrarier ou toucher à sa douce, sinon il à tendance à rapidement sortir les crocs. Et comme tout vampire qui se respecte, il vit la nuit et dort dans un cercueil toute la journée, le soleil risquant de le tuer. Contrairement à certains de ses amis violents et orgiaques qui s’incrustent souvent dans son manoir, Bill ne se nourrit que de Tru Blood et penche pour l’intégration des vampires dans la société, même si on le sent parfois à deux doigts de craquer.
True Blood - VampiretteCependant, d’autres refusent de renier leur nature et préfèrent vivre dans l’ombre en continuant de se délecter du sang de leurs victimes humaines ; comme tous les extrémistes ils génèrent ainsi la haine et l’incompréhension des autres vis-à-vis de leur communauté.

On (re)découvre ainsi toute la mythologie des vampires : les crocs, le sang, leur pouvoir de séduction sur les humains, leur sensualité, leur interdiction morale de tuer un des leurs…
La scène nocturne du tribunal sur un parking, et le rite de transformation d’une femme en vampire font certainement partie des grands moments de la série.


Bon, tu nous fais saoule à la fin, True Blood c’est bien ou pas ?

Ouais c’est bien True Blood, donc courrez le téléch… pardon, courrez acheter le DVD ou prendre un abonnement à Orange Cinéma Séries pour en profiter.
Bain de sang... de vampireLa série à le bon goût de ne jamais se prendre au sérieux, et alterne entre des scènes légères et comiques, des moments romantiques plutôt plaisants, et des instants beaucoup plus noirs et dramatiques.
Cette diversité est donc bienvenue pour éviter au spectateur de s’ennuyer, mais amène du coup son lot de frustrations, certains passages étant beaucoup plus faibles et dispensables que d’autres. Si le début peut paraître longuet et décevant, plus la saison avance et plus on sent le potentiel d’une série originale et de qualité. Vivement la suite donc.

Jason et Amy, couple déjanté dans True BloodOn pourrait facilement classer True Blood à côté de Twin Peaks dans le genre « soap opéra qui dérape« . Avec son petit bled paumé remplie de beaufs, son bar en point de rendez vous, ses meurtres mystérieux, son lot de phénomènes paranormaux, ses personnages bien barrés, ses flics un peu gauches, son histoire d’amour à tendance mièvre et ses cliffhangers à chaque fin d’épisodes, la série de Ball peut en effet faire penser à celle de Lynch.
Mais avec ses vampires, son ambiance poisseuse, sa musique country tendance bayou, l’esthétique et le fond de True Blood semblent plus modernes et abordables que Twin Peaks et ses personnages figés dans une autre époque…

Bref, si vous cherchez le mot de la fin, le voici : True Blood est une série assez légère et plaisante pour que vous vous plaisez à enchaîner les épisodes en mangeant des saloperies vautrés sur votre canapé, par un difficile lendemain de cuite ou par un long soir d’hiver…

Mise à jour 2014 : malgré les années qui passent, True Blood continue d’offrir une belle dose de divertissement trash, sexy et très second degré. La série à su évoluer et élargir son univers, rattrapage conseillé si vous ne l’avez pas vue.

Quelques liens :

Le mot de la fin
Verdict
  • http://ledjamlab.blogspot.com/ maxime

    ***Spoiler alert***

    Bon, sur tes bons conseils je viens de m’avaler les 5 premiers épisodes (en plus du programme déjà chargé de la semaine). Faut s’accrocher, ça commence seulement à être intéressant.

    Tout à fait d’accord sur les longueurs, les passages palpitants et les séquences mièvres dispensables. Pour l’instant, je retiens le flashback Guerre de Sécession qui laisse un goût d’Highlander un poil cheap.

    Pas encore convaincu pas la représentation des vampires qui tient encore pas mal du Buffy dans la caricature et les effets spéciaux. Mais diantre comme toutes ces serveuses hémoglobines sont érotisantes, dans la moiteur de Louisiane.

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