Mad Men : déjà un classique

Mad Men : déjà un classique

Mad Men prend place dans une grande agence de publicité à New York au début des années 60, et nous montre l’age d’or et l’effervescence de ce milieu. Si l’intrigue suit plus particulièrement le fascinant Don Draper, un bon nombre de seconds rôles incroyables permettent plusieurs niveaux de lectures.

L’utilisation de la publicité n’est donc qu’un prétexte pour traiter de l’évolution de la société, des maux du quotidien et des problèmes individuels… Un peu comme la mafia dans les Sopranos, et en effet il y à un sérieux air de famille. Mad Men est devenu le premier classique instantané de la fin des années 2000.

Madison Avenue, New York, 1960 :

Mad Men

Située sur la prestigieuse Madison Avenue, Sterling Cooper est une des plus grandes agences de publicité de la ville, et Don Draper en est le héros. Véritable génie de l’advertising, sa créativité et son instinct imposent naturellement le respect à ses collègues, qu’ils soient créatifs (art department) ou executives aux dents longues. Il impressionne également les clients, qui se bousculent pour bénéficier de ses conseils et profiter du bouillonnement de l’agence…

En effet, si professionnels et brillants qu’ils soient, l’équipe de (M)ad Men vie dans un milieu en avance sur son époque, une bulle stimulante où la fête, l’idée et la nouveauté sont reines. Mad Men - Don DraperEt les femmes nombreuses … Bien sûr ceci cache en fait une certaine superficialité, qui peut révéler une réelle misère affective dans laquelle les personnages finissent par ne plus se complaire et se sentent étouffés.

Don Draper n’est pas de ceux là, et si il règne sur l’agence, il participe finalement peu à la vie sociale de cet environnement fermé. Homme à femmes pourtant marié, il reste mystérieux et personne ne sait rien de lui ni de son passé trouble… qui remonte à la surface.

Le fascinant et mystérieux Don Draper :

Mad Men - Don DraperCe qui fascine d’entrée de jeu dans Mad Men, en plus du contexte et du milieu dans lequel la série prend place, est sans conteste le personnage de Don Draper.
On peut même affirmer sans mentir que dès la fin du premier épisode, il atteint (presque) déjà l’ampleur d’un Anthony Soprano ou d’un Vic McKey… dans une style différent bien sûr.

Mad Men - Don DraperGrand, classe, robuste, toujours propre sur lui et les cheveux bien gominés en arrière, on sent l’homme indépendant, posé et plein d’une assurance naturelle.
Intelligent, le regard vif, toujours une Lucky Strike à la main, il manie extrêmement bien les mots et bénéficie d’une répartie sans faille.
Son charisme est renforcé par l’excellence presque divine de son travail, grâce à son instinct pour déceler les solutions à apporter à ses clients, sa vision de la publicité et sa grande force de persuasion. Sa personnalité et ses coups de génie lui permettent ainsi de fédérer une équipe qui lui fait entièrement confiance, et entraîne l’adhésion de clients pourtant parfois dubitatifs sur les stratégies proposées par l’agence. Bien sûr, certains de ses collègues ne seraient pas contre lui prendre sa place…

Don Draper et Midge DanielsDon Draper est également un charmeur. S’il impose le respect aux hommes par son assurance et un certain côté bad guy, son aura et sa classe à l’ancienne font bien sûr fondre les femmes.
Don est marié avec la belle Betty, sorte de Miss America, avec qui il a eu 2 enfants et vit dans une grande maison en banlieue.
Si on sent qu’il aime sa famille profondément, Don n’est pourtant pas un « familly man« . Son besoin d’ailleurs ne convient pas à cette vie trop fermée, et il s’évade épisodiquement avec deux femmes, Midge Daniels et Rachel Menken, une richissime cliente de l’agence.
Rachel MenkenBien que très différentes, elles sont toutes deux d’une nature indépendante, la première est plutôt bohème, tandis que la seconde est du genre business woman, qui dirige avec son père un magasin mythique à Manhattan.

Alors pourquoi tant de fascination ?

Parce qu’en plus de ça, Don Draper est un homme très complexe et mystérieux : ses femmes, collègues et amis ignorent tout de lui. Il ne révèle aucun élément personnel permettant aux autres de le cerner, et même Betty ignore tout de son passé.

Betty & Don DraperOn comprendra au fil de la saison que son assurance et son air supérieur viennent de son état de self made man, et de son passé qu’il a fui pour se bâtir une nouvelle vie.
Lorsque ce passé trouble refait surface, Don est déstabilisé et l’on découvre un être névrosé, qui doute énormément. Comme le suggère d’ailleurs l’excellent générique, on sent que son monde est sur le point de s’effondrer et l’entraîner dans sa chute…

Don Draper & ses enfantsAu niveau des apparences, la vie de Don Draper ressemble donc à une incarnation du rêve américain : bonne situation professionnelle et matérielle, maison en banlieue, femme au foyer aimante, de beaux enfants… En réalité il se sent enfermé dans cette vie trop tranquille, qu’il fuit en recherchant dans les femmes et l’alcool de quoi combler un certain manque. Le bonheur idéal de la vie familiale en banlieue qui part en vrille, et du point de vue d’un homme sensé être heureux mais pourtant angoissé ? Ça peut en effet rappeler les déboires d’un certain Tony Soprano.

Mad Men - Don DraperBien sûr, aussi profond et bien écrit que soit le personnage, il ne serait rien sans l’homme qui lui donne vie : Jon Hamm. Pour sa performance dans la première saison de Mad Men, l’acteur a reçu 6 nominations et a obtenu en 2007 un Golden Globe de la Best Performance by an Actor in a Television Series – Drama.
Il faut dire que sa prestance, ses cheveux gominés et certaines expressions de visage ne sont pas sans nous faire penser à un Robert De Niro jeune…

L’antithèse Pete Campbell

Mad Men - Pete CampbellDon Draper doit sans cesse se renouveler et se battre pour rester le meilleur, et bien sûr sa position dominante crée une certaine jalousie. Nouveau dans l’agence, Pete Campbell est un jeune executive, assoiffé de puissance et de reconnaissance.
Il est ainsi tiraillé entre le respect qu’il a pour son aîné et son envie d’exister, de montrer son potentiel pour gagner la considération de ses pairs.
Pete est issu d’une famille riche, son père a bâti un véritable empire immobilier à New York. Ce dernier dévalorise constamment les choix de son fils et de son métier ; pour lui Pete déshonore le nom Campbell en travaillant comme vulgaire publiciste au lieu de conquérir le monde… Et à un niveau professionnel, sa prétendue richesse lui ôte tout mérite et légitimité aux yeux de Don et de Richard Sterling (patron de l’agence).
Fraîchement marié, à une femme folle de lui mais qu’il ne semble pas aimer, on sent l’angoisse de cet homme désespérément seul, en quête constante de reconnaissance. Se sentant enfermé dans cette relation, il n’hésite pas à mentir à sa femme ou transférer sur elle son sentiment frustré de supériorité.

Faussement modeste, égoïste, frêle, un peu lâche et faible, il est donc l’inverse de Don Draper. Pourtant, sa lutte intérieure pour devenir un homme respecté, sa détresse cachée pour préserver les apparences d’un homme bien sous tous rapports nous donne presque pitié de lui…

Les folles années 60

Mad MenCe qui choque en premier c’est de voir l’importance de l’alcool et des cigarettes à l’époque : tout le monde, même les femmes enceintes, se ballade avec une clope au bec et un verre à la main en permanence.

On se rend également vite compte qu’au début des années 60, la place des femmes semble encore se trouver dans la cuisine, même si on sent chez certaines un réel désir d’émancipation.
Betty DraperLes femmes au foyer s’ennuient et tombent dans la déprime, celles qui travaillent cherchent un mari qui pourra leur assurer une bonne situation. D’autres tentent de s’imposer dans un univers masculin où la femme est souvent considérée comme un objet potentiel de jouissance…

Mad Men se penche implicitement sur le racisme : dans un univers uniquement blanc, le spectateur est presque choqué de voir apparaître brièvement une personne noire. Le mouvement des droits civiques ne semble pas à l’ordre du joursur Madison Avenue…

L’homosexualité semble réellement tabou, et n’est qu’éffleurée à travers Salvatore Romano. On imagine que la série s’y repenchera plus tard, le personnage ne semblant attiré par les femmes que faute d’assumer sa sexualité.

Peggy Olson, pas de PC mais une machine à l'ancienne...La représentation des années 60 donne bien sûr un certain cachet à la série : en plus de tous les accessoires qui semblent issus d’un autre temps, on peut voir de vieilles voitures dans les (trop) rares séquences en extérieur, tous les hommes sont en costume et bien propres sur eux, et les femmes en tailleur n’en dévoilant pas plus qu’il n’en faut…
Et encore plus qu’à notre époque, l’important semble être de préserver l’apparence du bonheur et de cacher la misère et la détresse humaine…

Étonnament la musique est peu présente dans la série, et à part quelques morceaux en fin d’épisodes, aucune musique n’est ajoutée, celle qu’on entend est celle diffusée dans les lieux où se trouvent les personnages.
Notons un scène de twist endiablée dans un bar, l’ambiance est du genre coincée jusqu’à ce que le jukebox crache « Let’s twist again » (pourtant sorti en 61) et enflamme le dancefloor…

La publicité et le monde du travail

Mad MenUn des nombreux intérêts de Mad Men se situe tout simplement dans le fait que la série se passe dans une agence de publicité. Il est intéressant de voir comment fonctionne une agence, l’effervescence créative, les séances de brainstorming, les « briefs« , les relations avec les clients ou encore la manière dont sont vendues les idées…

Mad MenL’univers de la communication est souvent sujet à de multiples fantasmes, dont joue la série. On s’y amuse, fait la fête, les hommes sont riches, et il règne une ambiance détendue dans les bureaux. Mais c’est pour mieux faire passer la pilule d’un métier stressant, exigeant et fatiguant, ainsi que d’un environnement où les relations cordiales cachent une certaine hypocrisie et un individualisme bien libéral…

En conclusion

Ne passez pas à côté de Mad Men ! J’ai l’impression que ça fait longtemps que je ne suis pas tombé sur une série aussi fine. Profondeur d’écriture bienvenue, personnage principal fascinant, multitudes de seconds rôles intéressants, esthétique classe…  Mad Men est déjà un classique.

Le mot de la fin
Classique instantané
  • 3.1415

    De mémoire il y a déjà une série qui traitait de la pub dans ces années là : Ma sorcière bien aimée!!! Oui oui , Jean Pierre (et son chef Alfred) bossait dans la pub :)…enfin c’est un autre genre je pense ;)

  • Tom

    Bien vu !
    Et c’est vrai que les deux séries sont un poil différentes ;-)

  • magic_ben

    Bien sympa ton commentaire, ça me donne envie de découvrir la série !