Hung – pas si bien gaulé…

Hung – pas si bien gaulé…

Hung HBO

Dans Hung sur HBO, Ray Drecker est un américain moyen (incarné par Thomas Jane) qui voit sa vie devenir peu à peu vraiment merdique. Il est complètement fauché et comme c’est la crise, ça ne va pas s’améliorer tout de suite… Pour s’en sortir financièrement et socialement il doit donc utiliser son plus gros atout : son sexe énorme. Ray devient alors prostitué pour des femmes au foyer désespérées…

Le pilote est au format long (1h30), chaque épisode dure ensuite 25 minutes (10 épisodes par saison). Outre ses qualités, Hung doit en grande partie son succès à son horaire de diffusion puisque la première saison était programmée durant l’été 2009 le dimanche sur HBO, le même soir que True Blood et Entourage. Forcément une soirée comme ça, ça ne se refuse pas.

Hung – l’histoire :

Hung - HBORay Drecker est professeur d’histoire et coach de basket-ball dans un high school située en banlieue de Detroit.
Ancienne gloire du lycée, ses exploits sur les terrains de sport ont marqués les esprits. Il était alors jeune, beau, populaire et sortait bien entendu avec la beauty queen locale. Quelques décennies plus tard il n’a toujours pas quitté le lycée (il y est devenu prof), sa belle s’est tirée avec un ancien looser devenu riche, ses deux enfants sont en pleine période no future, il est fauché et c’est la crise.

Hung - HBOEn plus de ça il est retourné vivre dans la maison de ses parents, mais depuis qu’elle a pris feu Ray vit sous une toile de tente dans son jardin… Au moins il habite près d’un lac, mais sinon c’est quand même pas vraiment la joie.

Pour s’en sortir il participe à un séminaire censé faire de lui un millionnaire, ce qu’il en retient surtout c’est que le succès lui viendra si il réussit à utiliser pertinemment ses plus gros atouts. Et Ray à une grosse bite, il le sait et il sait également bien s’en servir. Avec l’aide de Tanya, une poétesse ratée et déprimée, il fonde Happiness Consultant, entreprise ayant pour vocation de redonner un peu de joie à des femmes se sentant délaissées… Ray joue donc le rôle de la pute et Tanya celui du mac.

C’est la crise :

HungPour commencer l’environnement ne fait pas forcément rêver, Hung se passe à Detroit, ancienne gloire industrielle des Etats-Unis. Et pas de doute ça sent le red neck et la Budweiser.
La ville est grise et la série nous ballade dans les hauts lieux de la mythologie américaine : drive-in, mall gigantesques, vestiaires de l’équipe de basket, diners un peu crades, high school publique peu glorieuse, séminaires de win-attitude, ou encore dans ces fameuses banlieues aisées dont la propreté ne fait que masquer un certain désespoir… Et la crise économique qui frappe le pays n’aide pas à améliorer l’ambiance.

Hung - Ray Drecker et son ex femmeAu milieu de cette déprime collective se trouve donc ce cher Ray Drecker. Malgré que sa vie soit en train de s’effondrer, l’homme ne se laisse pas abattre et prend les événements avec philosophie.
Il se demande bien comment il en est arrivé à une situation aussi merdique alors que sa vie aurait du être un long fleuve tranquille. Il comprend progressivement que c’est parce qu’il se reposait peut-être trop sur ses acquis, sur son statut de mâle viril moyen dont la popularité d’adolescent est loin derrière lui… La vie à fait le reste quoi.

Mais Ray est un battant et ne doute pas un instant qu’il se sortira de cette période de loose si il se sort les doigts du cul, quitte à sérieusement se remettre en question et prendre des mesures extrêmes… Une sorte de métaphore de l’Amérique d’aujourd’hui ?

I’m a motherfuck’in P-I-M-P

Le concept de Hung est donc celui de son héros devenant prostitué pour joindre les deux bouts, un peu comme Walter White jouant les dealers dans Breaking Bad ou Nancy Botwin dans Weeds.
Hung - Ray et TanyaLa décision n’est donc pas facile à prendre, surtout qu’il est bien sûr hors de question de se faire griller. Ray entre dans le jeu de la double vie : Tanya son mac, prend les rendez vous et lui file rejoindre des inconnues pour des nuits de sexe rémunéré sitôt l’entraînement de basket terminé…

Être payé pour baiser n’est pas une partie de plaisir, Ray doit apprendre à accepter toutes les clientes (même les vieilles et moches) et leurs phantasmes, tout en essayant de ne pas s’investir émotionnellement. Il découvre ainsi qu’il n’est pas qu’une (grosse) bite sur pattes, mais que son rôle possède une réelle dimension psychologique, qu’il sert parfois d’exutoire.
Hung - Ray et une cliente - HBOMême si il ne doit pas oublier qu’au bout du compte il reste une simple marchandise dont on peut disposer à sa guise…

Le personnage de Ray est intéressant, et Thomas Jane nickel dans le rôle de l’américain moyen qui tente de rattraper sa vie, sa relation avec ses gosses et pourquoi son ex-femme. L’acteur à une carrière assez atypique puisqu’il oscille entre films d’actions (The Punisher, Volte Face, Peur Bleue), films indépendants chez Paul Thomas Anderson (Boogie Nights, Magnolia) ou encore adaptations de Stephen King (Dreamcatcher, The Mist). Thomas Jane est également passé de l’autre côté de la caméra à plusieurs reprises et à des projets de nanards horrifiques (Devil’s CommandoEvilseek… ça promet du lourd).

HungTanya, la poétesse en détresse dont nous parlions plus haut, joue au mac, même si elle n’est pas vraiment douée. Seule et dépressive elle sent que l’aventure Happiness Consultant est sa dernière chance de faire quelque chose de sa vie et de se sortir de ses problèmes et frustrations. Mais attention, d’autres mères maquerelles se verraient bien lui piquer son poulain.
Le personnage est attachant, mais est sur la fin lâché en roue libre par des scénaristes qui semblent avoir du mal à savoir quoi en faire. Du coup on se demande peu à peu ce qu’elle fout là, et pour combler le vide l’actrice cabotine du mieux qu’elle peut… Tanya est incarnée par Janes Adams, formidable dans le Happiness de Todd Solontz.

Hung, bandant ou pas ?

HungSi la réponse à cette question se trouve déjà dans le titre, essayons maintenant d’expliquer un peu pourquoi… A priori Hung à tout de la série qu’on aimerait adorer, mais qui nous laisse petit goût de déception, et ce dès le pilote un peu longuet pourtant réalisé par Alexander Payne (Mr Schimdt, Sideways).
La suite connaît des hauts et des (très) bas, entre scène plutôt réussies et épisodes carrément lourds (Ray cherche son portefeuille pendant 25 minutes). Heureusement entre les deux la série nous offre quelques moments de grâce qui nous font revenir pour l’épisode suivant (la relation entre Ray et Jemma, les confrontations avec le nouveau mari de son ex…).
HungLe background (les gens, la crise, la ville pourrie) aurait mérité d’être davantage utilisé, surtout que l’intrigue principale peine à décoller.
Hung choisit ainsi un peu trop souvent de se concentrer sur du vide alors que la série est remplie d’instants manqués, à l’image du final de la saison 1, un peu mou et qui laisse un sentiment d’inachevé. MAJ : Hung à été annulé à l’issu de sa troisième saison.

 

Le trailer de Hung

Quelques liens :

 

Le mot de la fin
Peut mieux faire
  • http://twitter.com/LeTaulier_Lmi La Main invisible (@LeTaulier_Lmi)

    J’ai tellement adoré cette série que j’ai torché un papier sur elle dans mon blog.
    http://la-main-invisible.fr/la-crise-economique-vue-par-les-series-tv-americaines/

    Cette série ne joue pas dans la même catégorie que Mad men ou Breaking bad, mais elle est très bien faite et surtout originale. En plus il n’y a que des acteurs inconnus (un peu marre de voir les même tronches qui passent de séries en séries)